Entrevue avec une nutritioniste 2

Entrevue avec Sophie Morel, nutritionniste

Sophie Morel est nutritionniste et maman de 2 enfants qui ont découvert les aliments avec la DME. Elle m’a accordé une entrevue, car elle souhaite contribuer à la diffusion d’informations fiables et de qualité au sujet de cette méthode.

PARTIE 1 – POUR OU CONTRE LA DME?

PARTIE 2 – LA PRÉVENTION DES CARENCES

Penses-tu que les bébés sont plus à risque de carences?

Je dirais que, peu importe la méthode d’introduction des solides choisie, il y a des risques de carences ! Dans tous les cas, il faut être vigilant et s’assurer d’offrir suffisamment d’occasion au bébé de manger une variété d’aliments nutritifs. Les craintes principales concernent l’apport total en calories et en fer, tous deux nécessaires à une bonne croissance.

Nous savons maintenant que le lait maternel (ou les préparations commerciales pour nourrissons) arrivent à combler tous les besoins nutritionnels de la majorité des bébés nés à terme et en santé jusqu’à ce qu’ils aient environ 6 mois. Et il doit continuer de prendre une place importante jusqu’à ce que bébé atteigne 12 mois. Dans l’intervalle, les aliments viennent compléter le lait, et non le remplacer ! C’est vers 1 an, que la formule va s’inverser, le lait complétant les aliments. Cette distinction est très importante à faire si on veut prévenir les carences. Il faut donc éviter de réduire la quantité de boires avant le temps, surtout pour les petits mangeurs.

Lorsque les aliments sont introduits selon la méthode traditionnelle des purées (avec ou sans « calendrier »), il est certain que nous avons une idée plus précises des quantités consommées. Ce qui ne veut pas dire que bébé va en consommer suffisamment ! Certains enfants refusent carrément les purées et ne mange pratiquement rien pendant des semaines. D’autres ont de la difficulté à accepter d’autres textures que les purées lisses et ne mange toujours pas de morceaux à 1 an !

Encore peu d’études scientifiques de qualité se sont penchées sur la question, mais l’expérience clinique de mes collègues et les témoignages de nombreuses mamans, ne semblent pas indiquer qu’il y ait plus de risques de carences avec la DME.

 

Serait-il préférable pour les bébés de recevoir des purées pour compléter leurs repas?

Le défi avec la DME, c’est que nous n’avons aucun contrôle sur la quantité qui sera consommée, car c’est la responsabilité de l’enfant. Il est aussi difficile d’évaluer ce qui s’est réellement retrouvé dans l’estomac ! Il devient alors tentant pour certains parents de « compléter » avec de la purée pour assurer un minimum d’apports. Cependant, cela n’est pas nécessaire.

Les nutriments sont généralement mieux préservés et en plus grande concentration dans des morceaux d’aliments peu transformés par rapport à des purées. Il est donc raisonnable de penser que même de petites bouchées de viande ou de légumes seront plus riches que des aliments mélangés à de l’eau pour préparer une purée. Pratiquée adéquatement et avec flexibilité, la DME permet généralement d’introduire les aliments sans avoir à ajouter des purées.

Elles peuvent par contre servir dans des situations où la croissance ralentit, où les parents sont anxieux à l’idée d’offrir certains mets en morceaux ou en lors de poussées de croissance. Ce sujet sera discuté plus en détails dans le prochain article.

 

Que devraient faire les parents pour s’assurer d’un bon apport en énergie et en fer? 

Conseil numéro 1 : Assurez-vous que bébé boit assez.

Le lait maternel est riche en gras, bons pour le développement du cerveau et pour la croissance du bébé. De plus, il continue de fournir du fer, bien que son absorption diminue lors de l’introduction des solides. La préparation commerciale, pour sa part, est enrichie en fer et a une teneur en gras semblable au lait maternel. Voilà donc une bonne base, dans la mesure où c’est encore offert à la demande!

Conseil numéro 2 : Pensez à offrir des aliments à haute densité énergétique.

L’estomac des bébés est plutôt petit et peu donc accepter un volume limité d’aliments. Il vaut mieux offrir à chaque repas au moins un aliment dense en nutriments comme la viande, le poisson, les beurres des noix, l’huile, les avocats, les fruits… Il est déconseillé d’offrir des aliments allégés ou de proposer seulement des craquelins de riz et des légumes, car ils ne fournissent pas suffisamment d’énergie.

Conseil numéro 3 : Osez commencer par les sources de fer.

Il peut être intimidant pour certain d’offrir un pilon de poulet comme premier aliment et c’est compréhensible. Néanmoins, je suggère souvent d’offrir dans les premiers jours  un morceau de viande, histoire de briser la glace. On peut ensuite passer rapidement aux autres sources de fer : volaille, poisson, fruits de mer, foie, œufs, légumineuses, tofu, céréales enrichies, beurres de noix, de graines ou d’arachides, noix moulues, fruits séchés (dans des recettes)…

Conseil numéro 4 : Favorisez l’absorption du fer

Idéalement, on propose une variété de sources de fer, de 2 à 3 fois par jour. Pour favoriser son absorption, il est possible de combiner avec des aliments riches en vitamine C (retrouvée principalement dans les fruits et les légumes). Il faut surtout veiller à ne pas offrir trop rapidement de grandes sources de produits laitiers (surtout le lait) pour ne pas nuire à l’absorption. Le lait de vache ne devrait pas être introduit avant 9 mois (sauf en petites quantités dans des recettes) et si possible, pas avant 1 an.

Conseil numéro 5 : Offrez des aliments assez souvent

Vous n’avez pas de contrôle sur la quantité d’aliments consommés, par contre, vous avez la responsabilité d’offrir suffisamment d’occasion à votre bébé pour développer ses habilités et manger selon ses besoins. Commencez donc à intégrer graduellement votre bébé lors des repas et des collations. Tout en gardant un peu de flexibilité, une certaine routine peut aider. Dans les premières semaines, vous pouvez offrir 1 à 2 repas ou collations. Progressez ensuite pour atteindre au moins 2 repas et 1 collation vers 9 mois. L’objectif suivant est d’offrir 3 repas et 2 à 3 collations vers 12 mois. Bien sûr, il est essentiel de s’ajuster à l’appétit de votre bébé et à sa croissance !

Un mot pour conclure ?

Il faut faire confiance à l’enfant dans sa capacité à choisir les quantités d’aliments nécessaires pour combler ses besoins. Notre responsabilité est de lui offrir une variété d’aliments de qualité, à une fréquence adéquate et dans un contexte adéquat, et ce, peu importe la façon dont les solides sont introduits.


Votre bébé commencera à manger sous peu ? Vous habitez Montréal ou les environs ? Vous souhaitez en apprendre davantage ? Inscrivez-vous au prochain atelier sur l’alimentation autonome du bébé (DME/BLW) !

À venir

PARTIE 3 – Et les purées dans tout ça?

Sophie Morel se passionne pour la périnatalité. En plus d’être nutritionniste, elle est monitrice de portage, marraine d’allaitement pour Nourri-Source Montréal et candidate IBCLC. Elle offre des services pour la période périnatale : grossesse, allaitement, introduction des solides, alimentation des tout-petits. Elle souhaite transmettre de l’information fiable et de qualité afin d’outiller les mamans pendant cette période de grands bouleversements.

www.facebook.com/SophieMorelDuneMereALautre

www.sophiemorel.com


Références : (liste non-exhaustive)

D’ANDREA, E., JENKINS, K., MATHEWS, M., ROEBOTHAN, B. « Baby-led Weaning: A preliminary Investigation », Canadian journal of Dietetic Practice and Research, 2016, 77(2), p.72-77.

DISPENSAIRE DIÉTÉTIQUE DE MONTRÉAL, « Que penser de l’alimentation autonome du bébé (Baby-led weaning) ? », 2015, repéré à http://www.dispensaire.ca/article/alimentation-autonome-baby-led-weaning-introduction-solides-bebe-doigt/ .

NAÎTRE ET GRANDIR, « L’introduction aux aliments complémentaires », 2016, repéré à http://naitreetgrandir.com/fr/etape/0_12_mois/alimentation/fiche.aspx?doc=naitre-grandir-bebe-introduction-aliment-solide-complementaire

OMS/UNICEF. « Stratégie mondiale pour l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant », Organisation mondiale de la Santé. Suisse, 2003, 36 pages.

SANTÉ CANADA, SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE, DIÉTÉTISTES DU CANADA, COMITÉ CANADIEN POUR L’ALLAITEMENT. « La nutrition du nourrisson né à terme et en santé : Recommandations pour l’enfant âgé de 6 à 24 mois », Santé Canada, 2014, repéré à http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/nutrition/infant-nourisson/recom/recom-6-24-months-6-24-mois-fra.php.

RAPLEY, G., MURKETT, T. « Baby-led Weaning – The Essential Guide to Introducing Solid Foods and Helping Your Baby to Grow Up a Happy and Confident Eater », New York, NY, The Experiment, 2010, 239 pages.

 

 

Publicités

2 réflexions sur “Entrevue avec une nutritioniste 2

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s